Hier, au boulot, je m'ennuyais (les heures creuses sont terribles) quand deux Asiatiques sont arrivés. Ils avaient l'air un peu paumés, et visiblement, aucun vendeur n'avait eu la patience de les renseigner (leur anglais étant très très approximatif). Comme j'ai le cœur sur la main (et qu'au bout d'un moment, faire des fleurs en pièces de 10 centimes, ça devient lassant), je les ai aidés à trouver ce qu'ils cherchaient. Ils étaient tellement reconnaissants que l'un d'eux m'a donné une pièce de monnaie étrangère en me répétant « Present ! present ! » et en arrêtant pas de faire des petits saluts devant moi (c'était limite gênant).
Ils sont partis, et je me suis donc retrouvée, un peu perplexe, avec cette pièce argentée (d'origine coréenne) dans la main. Elle n'a sans doute aucune valeur, je suppose que c'est un cadeau symbolique... Mais qui sait ? Une pièce qui vient d'une contrée aussi lointaine, ça laisse rêveur... Moi, ça m'a toujours fascinée d'imaginer le trajet des pièces à travers le monde (y'en a qui cherchent des vaccins ou la vérité sur l'origine du monde, et moi, tout ce qui m'intéresse, c'est le passé de petits cercles métalliques muets. Chacun ses obsessions, que voulez vous...).
Vous vous rendez compte que cette pièce voyage depuis presque 20 ans (elle date de 1988)... Vous imaginez dans combien de mains elle est passée, du fin fond de la Corée jusqu'à la poche de mon jean ? Je pensais à tout ça quand je me suis dit que c'était peut-être une pièce magique, un talisman secret porteur d'une malédiction, ou une clef qui ouvre un coffre caché dans un endroit mystérieux (endroit qu'on retrouverait grâce aux chiffres gravés sur la pièce, bien sûr). Si là, vous vous dîtes que je regarde trop de films, laissez moi vous répéter que je m'ennuyais ferme à ce moment là.
Bref. Persuadée que cette pièce avait quelque chose de spécial (mais à part ça, quand on me demande si je suis superstitieuse, je réponds non), je me suis mise en tête de lui poser une question. UNE SEULE question (oui parce que si on a droit à plusieurs questions, ça enlève le caractère sacré de la chose). Je n'ai pas réfléchi longtemps à ma question. Elle m'est venue tout de suite :Au moment où j'écris ces lignes, je n'ai toujours pas jeté la pièce en l'air.
(Irrécupérable, jusqu'au bout).
Publié par Célestétoile à 13:32:44 dans Sur le fil | Commentaires (14) | Permaliens

Musique : Ma chanson de métro du moment
Il y a presque une semaine, j'ai effectué mon dernier jour de stage. Toute l'équipe a été adorable. J'ai été surtout très émue par les cadeaux, les rires et le pot de départ organisé dans mon dos. Ca m'a fait un vrai pincement au cœur de devoir les quitter, même si on s'est promis, comme on le fait toujours dans ces cas là, de se mailer et de se revoir très bientôt, entre deux embrassades chaleureuses.
Le lendemain matin, changement d'horizon. J'ai commencé mon nouveau boulot. Bien que situé dans un lieu parisien très sympa, il est répétitif, ennuyeux et déprimant. Heureusement, les gens avec qui je travaille sont sympas et Mister Burns est presque toujours absent. Plus que 25 jours et je serai libérée de ce contrat... Quand on commence à compter les jours, c'est mauvais signe. Alors quand on se met à compter les heures, puis les minutes, puis les secondes... Je vous raconte pas.
Publié par Célestétoile à 23:12:50 dans Sur le fil | Commentaires (15) | Permaliens

La musique et l'illustration, c'est pour que vous puissiez imaginer ma tête aujourd'hui (Céleste, la seule conne au monde à tomber malade en plein mois de juillet...).
Mais finalement ça tombe bien, parce que mon moral est assorti à mon image, c'est-à-dire moche.
Demain, c'est mon dernier jour de stage... Normalement, j'aurais du le poursuivre jusqu'à la fin du mois de juillet, mais Mister Burns m'a engagée, et je dois commencer mon contrat vendredi. Comme je vais bosser le dimanche et le soir, je vais gagner plus que d'habitude... Mais en attendant, je suis triste de devoir quitter mon quotidien au sein de la petite maison d'édition, dans laquelle j'ai adoré travailler, même si je n'étais pas rémunérée. Je commençais à m'y sentir vraiment bien, et puis paf ! Il faut tout arrêter, tout recommencer ailleurs. Encore et encore. Un autre boulot, une autre ligne de métro, d'autres gens, d'autres horaires...(soupir de lassitude angoissée)
Publié par Célestétoile à 20:38:04 dans Sur le fil | Commentaires (30) | Permaliens
Mon directeur de stage est un homme bon.
Je l'apprécie beaucoup. Il a dans les 55-60 ans, il est incroyablement cultivé, et très humble.
Ce que j'aime par dessus tout, chez lui, c'est son intégrité professionnelle. Vous voyez ce que j'ai dit à propos de Monsieur Burns, hier ? Et bien, lui, c'est exactement l'inverse, et c'est peut-être ce qui explique que sa maison d'édition soit restée petite, discrète et sans prétention. Il n'aime que les livres de qualité. Je crois qu'il préfèrerait mourir plutôt que d'organiser une opération purement commerciale. Cette attitude lui vaut parfois quelques conflits avec les associés financiers de la boîte, ce qui est normal. Certains livres qu'il choisit de publier se vendent très peu (malgré les efforts notables du talentueux Gad, qui charme les journalistes comme personne).
Un jour, lors d'une réunion, j'ai assisté à un débat assez tendu entre lui et l'un des associés. Ce dernier a proposé, pour booster les ventes, de rééditer un livre qui s'était très bien vendu, un livre dans lequel l'auteur évoque une certaine période de l'Histoire. Mon directeur lui a fait remarquer que dans ce livre, l'auteur flirtait parfois avec des idéologies un peu extrêmes et que certains propos étaient à la limite du racisme, et que c'est d'ailleurs pour cette raison que l'ouvrage n'avait pas été réédité à son arrivée à la tête de l'entreprise. L'associé a répondu que si des associations anti-racisme soulevaient la polémique, ce serait vendeur pour le bouquin, et donc bénéfique pour la maison d'édition. Il a dit « qu'un peu de scandale était toujours bon dans les affaires ». J'ai jeté un coup d'œil un peu inquiet a Gad qui assistait également à la scène, et qui m'a fait un signe de la tête qui signifiait « Laisse tomber, c'est rien... ». Le directeur a répondu qu'il ne voulait pas de cette publicité là. L'associé a répliqué que c'est justement cette publicité qui amènerait l'argent pour publier des livres plus nobles par la suite.
La question est donc la suivante : Faut il publier de la merde qui se vend bien afin de générer l'argent qui permettra a l'entreprise d'éditer des ouvrages de qualité?
J'apprécie mon directeur parce qu'il a des valeurs et qu'il les respecte, dans un milieu professionnel où elles auraient dû voler en éclat depuis longtemps. Et puis j'aime ce qu'il dégage, son aura, ses manies. Quand on rentre dans son bureau, on sent un mélange d'encens et de Craven A. Il a un vieux plumier sur son bureau et une écriture très belle, petite, légèrement penchée vers la droite et très régulière, qui me fait penser à celle de mon grand père. Il est très grand, très élégant. Toujours en costume. Il a constamment un regard bienveillant sur ses employés. Lui et Gad sont très complices, on dirait qu'ils sont père et fils. Tous les matins, il vient me faire la bise, me demande comment ça va, s'intéresse à mes études. Il sent toujours très bon. Il emploie un vocabulaire châtié, soutenu, des mots un peu désuets... Et puis, tout d'un coup, il est capable de dire, avec un calme exemplaire : « Ma chère Céleste, le monde de l'édition, c'est un vrai bordel. »
Publié par Célestétoile à 20:55:49 dans Sur le fil | Commentaires (12) | Permaliens
Il a suffit que je prenne conscience de mon état de grâce pour que la roue tourne en emportant avec elle le doux parfum de la réussite et ses pétales de roses.
Mon entretien d'embauche de samedi matin ne s'est pas franchement bien passé. J'ai rencontré un directeur totalement imbu de lui même, qui n'avait à la bouche que les mots « chiffres », « ventes », « argent », « commerce », « bénéfices », « clients ». Dans chaque phrase qu'il prononçait, il y avait au moins un de ces termes ... Pendant qu'il parlait et qu'il déversait dans la pièce sa vase nauséabonde de techniques marketing, je le regardais en affichant un beau sourire hypocrite. Mais au fond de moi, je le détestais déjà. Je me disais que c'était la première fois que je voyais un homme dont la bouche ressemblait autant à une tirelire. Je me suis demandée, si, en lui serrant la main pour lui dire aurevoir, je n'allais pas déclencher dans ses yeux le roulement des machines à sous. Ca ne m'aurait pas étonnée de découvrir deux symboles du dollar à la place de ses pupilles et de le voir cracher une infinité de pièces jaunes dans un bruit froid et métallique.
Publié par Célestétoile à 20:18:09 dans Sur le fil | Commentaires (6) | Permaliens