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Une semaine et un jour | 10 août 2008

La statue d'Arthur Rimbaud, avant-hier soir, à Paris


Samedi


Samedi dernier, j'ai vécu un jour noir. Ca faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé. C'était d'autant plus déstabilisant que je ne m'y attendais pas. Mais comme il m'est déjà arrivé de l'écrire, DarkCéleste est une petite maline sans scrupule qui attend patiemment que je délaisse mon armure – même une seconde - pour attaquer. La vieille au soir, pourtant, mon petit cœur était encore, insouciant et naïf, en train de rêver joyeusement. Rêver à des fleurs bleues, rêver aux branches entrelacées d'un arbre nouveau... Rêver, en somme, à la douceur humide et au charme désuet d'un jardin... anglais. Mais voilà, c'était sans doute un peu trop facile. Dans la nuit de vendredi à samedi, j'ai fait un rêve. Dit comme ça, ça fait un peu Martin Luther King, mais mon rêve était moins sympa que le sien et beaucoup plus égoïste. J'ai rêvé que je le revoyais. Lui, celui d'avant, celui du passé, celui qui est parti. J'ai rêvé qu'on se revoyait, et que ça se passait bien, et qu'on n'était plus ensemble, mais qu'on avait gardé nos rires et notre tendresse, et notre lien unique, un lien cousu de fil d'or autour de nos deux vies, inaltérable, rassurant, à la fois définitif et infini. C'était donc loin d'être un cauchemar. C'était le genre de rêve intense et puissant, dont on se souvient en se réveillant du moindre détail, du moindre son. Le genre de rêve qu'on a l'impression d'avoir touché pour de vrai, mais qui redevient sable une fois la conscience revenue. Celui qu'on fait juste avant de se réveiller, et qui laisse dans nos yeux toute sa poudre magique. Magique et piquante. A peine réveillée, j'ai senti les larmes couler sur mes joues, et longer mes tempes, dans lesquelles je sentais les pulsations de mon cœur sonner l'état d'urgence. Oui, c'était sûr. Ca allait être un jour noir. A partir de là, j'ai senti ce vide contre lequel j'ai tant lutté, m'envahir et me posséder. Ce vide qu'on a tous mais qu'on ne partage pas. La Solitude. Je me suis rendu compte que malgré mes efforts, malgré la roue de ma vie qui tourne et qui tourne encore, il continue à me manquer. Il continue à exister dans un  cœur qui s'était tout entier donné à lui. Et de là, de ce vide immense, les questions sont venues. Où est il ? Que fait il, est ce qu'il pense à moi, est ce qu'il me déteste, est ce qu'il a changé... Est-ce qu'il continue de rire de ce dont on riait ensemble, est ce qu'il écoute encore nos musiques, est ce qu'il utilise encore le langage qu'on avait créé ? Qui sont les gens qui l'entourent désormais, qui sont les âmes qui l'approchent, quels sont ses espoirs, où vont ses pas... Et surtout, surtout... Allons nous nous revoir un jour ? Je ne suis pas arrivée à sortir des ténèbres dans lesquelles mon inconscient m'avait plongée. J'ai donc pleuré toute la journée, écouté de la musique triste (en pleurant), somnolé avec Dinah (en pleurant), fait un peu de rangement (en pleurant). En fin d'après midi, j'ai quand même fait un tour en ville (je ne pleurais plus), mais rien de ce que j'ai vu ou fait n'a réussi à combler le vide. Entre deux larmes, je me suis dit que j'allais laisser tomber cette histoire stupide avec l'Anglais. J'ai soudainement eu l'impression que ça ne rimait à rien, que c'était ridicule (mais je n'aimais plus ça), que j'étais dans l'erreur et que j'allais l'entraîner avec moi. Mon jour noir s'est terminé dans le noir, au moment où j'ai enfin sombré dans le sommeil. Un sommeil sans rêve, cette fois.


Dimanche


Le lendemain, j'étais plus sereine, les  tempêtes obscures avaient laissé place à un ciel plus clément. Mais J'étais toujours pessimiste. J'ai donc fait la promesse intérieure de laisser O. tranquille, de ne plus m'impliquer dans cette histoire, de le laisser à une autre, une fille moins compliquée, plus disponible, une fille qui ne lui fera pas le coup de la névrosée en le forçant à payer la note qu'un autre a laissé. Bien que je me pensais plus ou moins guérie de cette histoire ancienne, j'ai dû me rendre à l'évidence. Je vais mieux, mais il sera toujours là, toujours, même en ombre, même en hologramme, même immatériel, il sera toujours là, présent et absent à la fois, à tournoyer dans les airs comme un vent néfaste, à soulever mes cheveux dans ses bourrasques amères, à saler mes paupières, à me perdre, à me briser dans ses éclats froids et à  éteindre les flammes vacillantes qui brûleront en moi pour d'autres que lui.


Lundi


Etrangement, je me suis levée de bonne humeur, peut-être soulagée d'avoir pris une décision qui me semblait bonne. Dans le métro, j'ai aidé un jeune homme blond à trouver le chemin de la gare Montparnasse (il avait un étui à guitare ^^). En s'éloignant, sur l'escalator, il m'a fait un signe de la main avec un sourire rayonnant et plein de reconnaissance, c'est con mais ça a chassé les quelques nuages sombres qui stagnaient encore dans mes yeux. Je suis arrivée au boulot, je me suis installée à mon bureau, j'ai sorti les dossiers du jour. Un quart d'heure après, j'ai croisé mon Anglais dans le couloir. C'est marrant comme les résolutions peuvent se désintégrer en l'espace d'un millième de seconde, juste parce que votre pupille a rencontré celle d'un garçon. Retour à la case départ. J'ai fondu en le voyant, je ne sais pas très bien pourquoi. Mais ça fait du bien, de rendre les armes. Encore. A la cantine, le midi, je suis arrivée en retard, y'avait une autre stagiaire à côté de lui, une fille que je ne connais pas bien et qui avait l'air un peu trop intéressée par lui, ça m'a un peu agacée. Bon d'accord, ça m'a beaucoup agacée. Evidemment elle avait UNE TONNE de choses à lui demander puisqu'elle part en Angleterre bientôt, alors elle n'arrêtait pas de parler, parler, parler. Ma jalousie a confirmé mon attachement pour lui. J'ai donc rompu mes promesses du week end (moi, changeante ? PAS DU TOUT.), et espéré à nouveau un exil salvateur dans l'herbe fraîche du jardin anglais.


Sauf que mon stage a repris le dessus. Ma directrice étant re-partie en vacances et m'ayant, comme la dernière fois, laissé des montagnes de dossiers urgents, je n'avais pas trop la tête à la romance. J'avais rendez vous avec un auteur dans le courant de l'après midi. Raconter l'historique de l'écriture de son livre serait trop long, mais pour faire bref, c'est une grosse sortie du mois d'Octobre et c'est un peu speed parce que tous ses textes n'ont pas été validés par d'autres personnes avec lesquelles il est obligé de s'associer, personnes injoignables évidemment, ce qui met en péril la sortie du bouquin (qui est pourtant un énorme chantier depuis un an). J'avais déjà vu cet auteur une fois, la semaine précédente, lors d'une réunion avec ma directrice, mais c'est évidemment elle qui menait la barque. Là, j'allais devoir prendre la relève, ne pas faire trop "débutante", oublier le côté intimidant de l'auteur (35 ans, beaucoup de charisme), gérer le dossier au mieux, me comporter en pro avec le graphiste qui attendait les docs pour faire sa maquette, etc. La tâche me semblait déjà insurmontable (ne pouvant compter sur personne d'autre que moi-même pour mener le projet à bien), mais ce jour là, les choses ont carrément dégénéré. On s'est installé (moi et l'auteur) dans le bureau de ma directrice, que je squatte pas mal quand elle n'est pas là puisque je dois vérifier ses mails tous les jours. On a donc fait le point sur l'avancée du livre, pour s'apercevoir qu'il manquait des tonnes de textes, que rien n'était complet et qu'on ne pouvait rien envoyer au graphiste le jour même (date à respecter impérativement). Je commençais à m'affoler légèrement, et j'ai entrepris de contacter les personnes qui bloquaient le projet pour leur rappeler de façon ferme (mais polie) les délais à respecter. L'auteur a dit qu'il les connaissait bien et qu'il allait s'en charger. Il avait l'air énervé, donc j'ai dit ok, je sentais que ce n'était pas vraiment le moment de le contrarier. De toutes façons, il avait plus de poids que moi (simple stagiaire), c'était donc mieux que ce soit lui qui appelle. Il a pris son portable, a appelé, et là, il a carrément pété un plomb. Il s'est mis à hurler, à les incendier, à les insulter, bref, l'incroyable Hulk est apparu sous mes yeux. Sur le fond, il avait raison, mais la situation était très tendue et j'étais extrêmement mal à l'aise, surtout quand je me suis aperçue que les gens autour de nous (je vous rappelle que  tous les bureaux sont vitrés) regardaient dans notre direction avec un œil fort inquiet. En gros, ça donnait une stagiaire qui ne savait plus où se mettre et un auteur hors de lui dans un bureau. Je voyais déjà le moment où on allait engueuler ma directrice pour avoir laissé une stagiaire s'occuper d'un dossier aussi énorme, et où on allait m'engueuler moi pour n'avoir demandé de l'aide à personne et pris des initiatives qui ne correspondent pas à mon statut (soyons clair, les stagiaires ne sont pas censés faire ce que j'ai fait sans être supervisés, mais ce n'est quand même pas de ma faute si j'étais seule pour le faire). Ca s'est fini avec l'intervention de la grande chef du service qui est entrée dans le bureau et en demandant des explications, pendant que les détails de l'anecdote s'enfuyaient déjà à travers les couloirs de la maison d'édition. Une fois l'auteur parti, j'ai parlé avec la responsable (pour la première fois depuis le début de mon stage), elle connaissait un peu le dossier mais elle n'était pas en mesure de le reprendre. Ca ne pouvait pas non plus attendre le retour de ma directrice. En gros, c'était moi ou rien. J'ai  appelé ma directrice pour la mettre au courant de tout ça (alors qu'elle était dans sa maison en Espagne), j'étais au bord de la crise de nerfs (j'apprends vite, juste avant de partir en congés c'est elle qui pleurait dans son bureau. L'édition, ça donne vraiment envie). Elle m'a donné quelques directives pour sauver la situation. J'étais stressée à mort, mais j'avoue que j'ai aussi pris ça comme une véritable chance de faire mes preuves. J'ai rappelé l'auteur, je lui ai donné rendez vous pour le lendemain en lui faisant un discours rassurant (dont le but était de me rassurer moi-même), je lui ai dit qu'on allait faire le boulot à deux puisqu'il n'y avait personne d'autre, même si ça allait prendre du temps (je passe les détails, mais en gros c'était la mise en place du déroulé du texte d'un livre énorme (genre encyclopédie), phrase par phrase, à la virgule près. Je vous raconte pas le merdier que ça représente, surtout quand on a trois versions du truc à comparer). Du coup, j'ai repoussé tous mes autres dossiers, pourtant urgents eux aussi, mais bon. Pas le choix. Pour le moment il n'y a aucun lien avec l'Anglais, mais il y en aura un plus tard.


Mardi


Pour faire simple : Ce jour là, je n'ai même pas vu O. Je suis arrivée très tôt au boulot, je suis repartie très tard, et je n'ai pas mangé le midi parce que j'étais avec mon auteur en train de chercher une aiguille dans une botte de foin (encore que, c'est une chose qui me semble plus facile que le travail que l'on a entrepris). Heureusement, on était sur la même longueur d'onde, et au final on a même sympathiser. On a vraiment fait un travail d'équipe, mais à la fin de la journée, on n'avait fait que la moitié de ce qu'on devait faire. Il était obligé de partir, on a donc reporté la suite au lendemain. Le soir, très tard, j'ai vu Sacha, mangé des sushis (trop) et bu de la liqueur de cerise (pas assez) que Déborah m'a ramenée d'Angers, histoire de faire retomber la pression. J'étais crevée, mais j'avais vraiment besoin de voir autre chose que le boulot. J'ai parlé avec elle de l'Anglais, de mon rêve de samedi. Elle m'a dit qu'il était grand temps de tourner la page sur l'Autre et de regarder devant moi. Je veux bien, mais le problème, c'est que des pages, il y en a plusieurs. Et même quand on les a tournées, on voit encore à travers.


Mercredi


Rebelotte. J'ai croisé O. en arrivant au boulot, dans le hall d'entrée. Il m'a posé quelques questions sur « l'incident » de lundi (l'anecdote circulait toujours), m'a demandé si je m'en sortais, si tout allait bien. En dehors de ce moment, je ne l'ai pas vu, car ma journée a ressemblé à celle de la veille. Re–auteur, Re-Botte de foin, re-pas mangé. J'ai même raté le pot de départ d'une des filles avec laquelle je m'entendais le mieux parmi les stagiaires, mais elle a été adorable, elle est venue nous apporter du gateau et des boissons pendant qu'on bossait. Vous auriez vu l'état du bureau de ma directrice, c'était hallucinant : des papiers partout, des millions de docs ouverts sur l'ordi en même temps. Quand j'y repense, je me demande encore comment on a réussi à s'en sortir. En tout, on a passé presque 20 heures cloitrés à faire ce boulot de fourmi. On a même fini au téléphone tard le soir, mais on était super contents (mine de rien, l'expérience nous a rendu complices). On était super soulagés d'avoir fini, même si on a tout envoyé au graphiste avec 48h de retard.


Jeudi


C'est seulement ce jour là que j'ai pu reprendre une vie sociale. C'est là que je me suis aperçu que ça avait pas mal jasé sur moi dans la boîte, de façon à la fois positive et négative. Le midi, j'ai mangé a la cantine avec les autres stagiaires. C'est là que je me suis rendu compte que O. était distant. Très distant. J'ai compris qu'il était vexé, qu'il avait pris mes absences pour de l'indifférence, et au fond de moi, je me dis que ça m'arrangeait peut-être d'être noyée dans le boulot : ça m'évitait de faire face à la situation avec lui. J'ai donc décidé de me « rattraper », et le soir je suis allée boire un verre avec eux au bar en face de la boîte (chose que je ne faisais plus pendant ma course contre la montre avec mon auteur). J'étais soulagée du boulot accompli, donc joviale, et de bonne humeur. Mais il était distant quand même. Je crois que mes changements d'humeur l'ont lassé, ce que je peux comprendre. Je me suis vexée à mon tour et j'ai écourté la soirée, de toute façon je devais voir une copine plus tard chez moi, une bonne amie du Sud qui va se marier bientôt et que je n'avais pas vu depuis des lustres. Mais ça aussi, j'imagine qu'il l'a pris comme une fuite. A mon amie du Sud, j'ai aussi parlé de mon rêve de samedi, parce qu'elle a bien connu Celui qui m'est apparu en songes (on était tous les trois dans la même classe au collège). Je lui ai demandé si elle pensait que j'allais le revoir un jour. Elle pense que oui. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas imaginer qu'on ne se revoie pas. Moi non plus, je n'arrive pas à l'imaginer. Puis on a parlé de son mariage et de sa robe ivoire, et je me suis promis de ne plus évoquer ce rêve devant personne. Son souvenir s'efface déjà, et les détails deviennent flous. Seule reste intacte la sensation de vide qu'il m'a laissée au réveil. Mais c'est pas grave, je vais m'habituer.


Vendredi


Enfin une journée un peu plus calme au boulot. Enfin « calme », parce que moins stressante, mais j'ai encore fait quelques heures sup pour rattraper le retard accumulé. Je pensais que O. faisait encore la gueule, donc je ne suis pas allée le voir. A midi, on a mangé avec les autres, mais on ne s'est quasiment pas parlé. Je me suis dit que c'était mort, et que c'était de ma faute.
Et puis dans l'après midi, il est venu me voir à mon bureau, avec une feuille de papier à la main. Il voulait que je corrige le brouillon d'un mail qu'il allait envoyer (il parle le Français oral à la perfection mais a du mal avec l'écrit, il emploie parfois des expressions trop familières). Il était un peu gêné. Il m'a dit « Je te dérange ? », il était prêt à tourner les talons, comme s'il s'attendait à être rembarré. J'ai eu carrément honte de nous avoir menés à cette situation (il n'avait jamais peur de me déranger, avant). Je lui ai répondu « tu ne me déranges jamais ». On s'est souri. Des sourires ni anglais, ni français, mais avec un langage à eux. Et ils en disaient long. C'est comme ça qu'on a fait la paix. Vers 20h, une collègue de ma directrice est venue me voir et s'est montrée très amicale avec moi (alors qu'au début de mon stage elle ne faisait pas trop attention à moi, elle était limite un peu hautaine). Elle m'a dit que « j'en faisais trop », que « ce n'est qu'un stage ». Elle m'a proposé son aide, l'aide de sa stagiaire, m'a dit de ne pas hésiter à aller la voir. Elle a aussi remarqué que j'avais payé les sandwichs et les cafés de l'auteur avec mon argent, alors elle m'a dit que ce n'était pas à moi de payer ça, qu'elle allait me rembourser. Je ne la connaissais pas vraiment, mais elle a été super sympa, bien que cela ne me plaise pas trop qu'elle veuille me décharger d'une partie de mon travail. C'est gentil de sa part, bien sûr, mais je ne veux pas donner l'image de la fille dépassée qui n'a pas réussi à tout faire toute seule (orgueil idiot...). Enfin, elle a dit que ma directrice me devait une fière chandelle (pour le truc avec l'auteur). J'étais super contente, on aurait dit une gamine de maternelle à qui on donne un bon point. Il n'empêche que je ne me vois pas faire ce métier, pas comme ça. Je crois que je finirais par péter un plomb, vraiment. Je n'ai pas les nerfs assez solides.
Le soir, après cette semaine usante, je n'avais qu'une envie, c'était de rentrer chez moi et de m'endormir, chose qui me semblait pour une fois d'une affligeante facilité. Mais mardi, j'avais promis à Sacha de l'accompagner à un concert pour lequel elle avait obtenu des places VIP (c'est-à-dire avec un accès aux coulisses et à l'open bar). Compte tenu de ma situation financière, une soirée sympa ET gratuite, ça ne se refuse pas. Je me suis donc forcée à bouger mon corps fatigué et je suis allée comme une automate à notre point de rendez vous, la statue d'Arthur Rimbaud. Le concert était sympa, et Sacha m'a présentée à ses potes de la régie. Mais comme tous ses potes qui travaillent dans le domaine, ils étaient bourrés et parlaient fort, ce qui m'a vite lassée. Je les ai abandonnés assez tôt et en rejoignant le métro, j'ai flashé Arthur.


Hier


Pas de rêve. C'est déjà bien.

 

Aujourd'hui

On est presque à la mi Août. J'ai effectué la moitié de mon stage et les semaines passent à une vitesse folle. Je me dis que c'est peut-être le moment de faire quelque chose avec O.  Je voulais lui envoyer un mail, mais je n'ai pas vraiment de prétexte pour le faire, et ma connexion internet fait des caprices. Comme moi. Je ne sais pas quoi faire, j'ai envie, mais peur. Je reste sceptique quant à une éventuelle période de bonheur amoureux. Ce foutu rêve a laissé des séquelles. Est-ce vraiment une bonne idée d'aller vers O. tout en sachant que je ne suis pas affranchie d'un autre ?

Publié par Célestétoile à 23:17:13 dans Sur le fil | Commentaires (8) |

Je suis ridicule mais j'aime ça | 31 juillet 2008

 

 - Photo/clin d'oeil prise par l'ami Gat, au cours de ses promenades estivales -

 

Aujourd'hui, j'ai à peine aperçu mon Anglais. Nous l'appellerons O. (la lettre, pas le chiffre, hein ^^). Ma directrice repart en vacances demain matin pour une 20aine de jours et je me retrouve à nouveau seule avec pas mal de dossiers a suivre. C'était donc un peu la course pour tout mettre au point avant son départ. Si bien que je n'ai pas pu manger avec les autres à midi. Puis j'ai passé tout l'après midi avec ma directrice, donc loin de mon petit bureau, donc loin de lui. Je l'ai aperçu  (tous les bureaux ont des murs transparents, c'est un véritable palais de verre cette entreprise) mais il ne regardait pas dans ma direction.

En partant, le soir, les filles m'ont dit qu'elles allaient prendre un pot au bar du coin, mais encore une fois je n'ai pas pu les suivre, car je n'avais pas fini mon travail. J'ai terminé une heure après, et même si je n'en avais pas trop envie, je suis allée au bar en question en espérant les retrouver (oui parce qu'à force de ne pas être présente aux repas et autres manifestrations, je vais finir par passer pour une associale). J'espérais surtout que O. soit là aussi... Et il était bien là. Je n'ai pas pu me mettre à côté de lui, mais j'ai trouvé une petite place en face. Il m'a dit qu'il avait tapé à la vitre du bureau dans lequel j'étais au moment de partir, mais je n'ai même pas levé la tête... J'étais occupée et je n'ai pas du tout fait attention à ça (ça craint, à force, je vais passer pour une fille totalement hermétique). Bref, on était une dizaine. Peu après mon arrivée, certaines personnes sont parties, puis peu à peu les chaises se sont vidées. A la fin, on n'était plus que 4, ce qui est bien plus pratique pour les conversations et les rapprochements. Surtout dans un bar moite plein de musique où il faut être très proche pour se parler... C'est là que les choses sont devenues interessantes. Pour le coup, je n'ai pas regretté du tout de m'être forcée à les rejoindre. On a bien rigolé, on a beaucoup parlé. Et O. a eu la merveilleuse idée de dire deux choses magiques. D'abord, il a dit qu'il jouait de la guitare. Ding ! (c'est le coeur de Céleste qui allume ses phares). Je le trouvais déjà attirant avant cette révélation, mais rien que de l'imaginer avec une guitare, je sentais toute ma libido en ébullition, comme la lave d'un volcan qu'on a cru trop longtemps endormi. Et je lui aurais bien arraché sa chemise, là, comme ça, même s'il faisait déjà très très chaud (est ce que cette phrase fait de moi une odieuse salope ?). Et ensuite, pendant que j'imaginais la chanson qu'il allait composer pour notre première année de mariage (le "ding", c'était aussi pour l'ouverture du tiroir à fantasmes), il a dit la deuxième chose magique : Il écrit. Ding, ding, ding ! (Jackpot). Il m'a parlé d'un groupe d'écriture auquel il participe depuis trois semaines, un petit truc près de Notre Dame. Ca sonnait comme une invitation, mais je n'irai pas, sachant qu'on est obligé d'y lire quelque chose devant tout le monde (j'écris, mais je ne montre rien. Je n'ai pas assez de courage/de prétention/de talent pour ça - rayez les mentions inutiles). Bien sûr je crève de curiosité de voir ce qu'il écrit, même si c'est en anglais, mais je trouverai un autre moyen de le lire. Vers 21h, on a quitté le bar tous les 4, on a fait une photo sous la pluie brûlante de l'été, on a pris le métro. On s'est séparés à une correspondance. Mon coeur commence vraiment à battre au  rythme de Big Ben... Je marche sur les quais de la Seine, mais je vois la Tamise.

Publié par Célestétoile à 23:08:11 dans Sur le fil | Commentaires (12) |

English touch | 28 juillet 2008

21h40, il pleut des cordes sur Paris, l'air est lourd, les couleurs sombres, et un léger parfum d'arbre mouillé se glisse par ma fenêtre entrouverte. Je ne suis pas morose - bien que cette ambiance orageuse incite au spleen - mais je suis pensive. Et fatiguée aussi. Quand on est pensif et fatigué, on a ce petit air triste qui s'accroche au visage, même si on ne l'est pas. Y'a qu'a voir les gens dans le métro. Tout à l'heure, j'étais sur la ligne 2, entre la station Belleville et Stalingrad, et je pensais à l'Anglais. Je n'ai pas encore parlé de lui ici. Il est stagiaire dans la même maison d'édition que moi. Au service des langues étrangères. Il est arrivé en France au début de l'été. Le midi, on se retrouve entre stagiaires au restaurant d'entreprise. On est une dizaine, venant d'un peu tous les services. C'est comme ça que je l'ai connu, même si  je l'avais déjà croisé, puisqu'on travaille au même étage. Les discussions pendant les repas sont joviales, chacun parle de son directeur ou de sa directrice de stage. Certains s'ennuient ferme. On ne leur confie aucun travail, alors ils passent leur journée sur facebook (site que je trouve parfaitement stupide au passage). D'autres râlent de n'avoir que des tâches ingrates. Certains, comme moi, sont plutôt satisfaits. J'ai la chance de bosser pour quelqu'un de jeune, avec qui j'ai sympathisé, qui me fait participer à toutes les réunions de boulot, qui me donne de vrais dossiers. Je rencontre les auteurs, les graphistes, les correcteurs, et la plupart me parlent comme à une assistante, et non pas comme à une stagiaire (je vous assure qu'il y a une différence). Aujourd'hui, un auteur m'a appelée pour connaître mon nom de famille (oui, parce qu'ici tout le monde se tutoie et s'appelle par son prénom, ça fait professionnels modernes, vous comprenez), pour m'ajouter aux remerciements, à la fin du livre. C'est con, mais je ne m'attendais pas à autant d'égards. Je l'ai joué modeste au téléphone, mais j'étais fière comme un petit paon. ^^ Bref, le midi, devant nos salades et nos tartelettes aux framboises, on papote joyeusement de tout et de rien. J'ai mis quelques jours à comprendre que l'Anglais  posait très souvent son plateau à côté du mien. Et bien que mes camarades féminines aient déjà évoqué son charme et le bleu rayonnant de ses yeux (je bosse dans un open space entourée de 5 filles), j'étais bien trop stressée par mes premières semaines de stage pour me préoccuper  de quoi que ce soit d'autre. Quand je croisais mon reflet dans la porte de l'ascenseur ou dans un écran d'ordinateur, je me découvrais un air concentré que je ne me connaissais pas. Je dis « concentré », mais « traumatisé et anxieux » ne serait pas faux non plus. Une fois -c'était mon quatrième jour, je crois -  il est venu me demander  des adresses de magasins où il pourrait trouver des meubles pas trop chers, pour son déménagement dans le sud de Paris. C'est là qu'on a échangé nos mails et qu'on a parlé d'autre chose que du boulot pour la première fois. Ensuite, nos petites conversations près de l'imprimante (on utilise la même) sont devenues quotidiennes.  Il me parle de Londres et je lui parle de Paris. Il s'exprime en français avec un petit air sérieux et  avec de charmantes hésitations qui me permettent de trouver les mots à sa place. J'aime bien trouver les mots qui lui manquent. Il a un débit de parole lent qui contraste tout à fait avec les discours économiques qu'utilisent les éditeurs pressés.  Bon, parfois, il sort des trucs étranges. Il essaie de traduire des expressions anglaises, ou bien il se trompe de vocabulaire. L'autre jour, il m'a dit qu'il « était bien muni ». ^^ Il voulait dire qu'il était bien informé.... Je n'imaginais pas vraiment que cela puisse être autre chose qu'une relation amicale. Et puis un jour,  vers la mi-Juillet, il est venu me voir quand j'étais dans le local de la photocopieuse. Concrètement, j'étais en pleine crise de panique parce que je devais sortir impérativement les épreuves d'un livre pour un coursier dont la venue était imminente. Et bien sûr, la photocopieuse faisait n'importe quoi à cause d'un bourrage-papier imaginaire (d'où ma conclusion de ce jour là : Les machines peuvent mentir). Et ce n'est pas le genre de photocopieuse gentille qu'on trouve dans les bureaux de poste ou à la fac, voyez vous. Non, non. C'est une photocopieuse ultra design spécialisée dans les tâches éditoriales, une sorte de monstre de trois mètres de long avec tout plein d'options et de formats de papier différents. Le genre qui te domine tout de suite avec ses petits clignotements verts. Tu la vois, et tu sais d'avance que tu vas perdre. Mais bon, comme le service de maintenance est légèrement inefficace, je m'étais mis dans la tête (inconsciente que je suis) que j'allais pouvoir la réparer seule avec mes petites mains de débutante. L'Anglais est arrivé dans le local au troisième round, quand la photocopieuse me crachait d'immondes bouts de papiers plein d'encre pendant que j'essayais péniblement de retirer mes documents coincés dans la partie supérieure de sa mâchoire (elle a des dents, je les ai vues). Il s'est appuyé contre la porte, les mains dans les poches, et s'est mis à me raconter je ne sais trop quoi sur les feux d'artifices qu'il avait vus sur le champ de Mars. Il était enthousiaste, et il s'attendait certainement à ce  que je le sois pour lui, mais je ne l'écoutais  que très vaguement. Il a eu l'air vexé de ma non-réceptivité, il a tourné les talons en s'excusant de m'avoir dérangée. Etrangement, c'est à ce moment là, pendant que la photocopieuse triomphait par K.O, que j'ai compris qu'il attendait peut-être plus de moi qu'une simple camaraderie professionnelle. Passé cet épisode (arrangé par un sourire), les conversations ont repris. Quand je suis à la cantine et que je vois des bras poser un plateau à ma droite, je sais que c'est lui. Sont arrivés  ensuite les regards, la proximité, la complicité et -bien sûr-les remarques des autres. L'autre soir, pour me dire au revoir, il m'a fait un minuscule smack, si furtif et si léger qu'on aurait dit le battement d'ailes d'un papillon sur mes lèvres. Depuis, rien de plus que les regards et les discussions habituelles. C'est pas évident de ne se voir qu'au boulot. Je ne sais jamais très bien comment réagir, et je le croise toujours quand je suis très occupée.  Je ne sais pas ce que je ressens, ce dont j'ai envie, ce que je dois faire. C'est pour ça que je suis pensive. Quand je suis descendue à Stalingrad, j'ai cru le voir sur le quai du métro. Mais ce n'était pas lui, c'était juste un type qui ne lui ressemblait même pas. Je me suis dit que si je commençais à voir son mirage, c'est peut-être parce que mon cœur sait déjà des choses que ma tête ignore.

Publié par Célestétoile à 23:10:30 dans Sur le fil | Commentaires (17) |

Vite fait, mal fait | 07 juillet 2008

Le rythme s'accélère au stage. Les gens partent en vacances, ils sont sous pression. Il faut que tout soit fini vite et mal. Du coup, je stresse, je galère, je cours dans tous les sens pour tenter de surpasser le sacro-saint sablier. Je fais des choses sans les comprendre, dans l'urgence de délais qui ne sont pas les miens. Mes journées ne sont pas vraiment agréables. Mais c'est comme ça qu'on apprend, n'est ce pas ? Ca me rappelle quand je suis arrivée à Paris, sans rien connaitre de la capitale. Je ne savais jamais où j'étais, mais j'adorais y être.

Publié par Célestétoile à 23:47:18 dans Sur le fil | Commentaires (12) |

La bave de la colombe | 02 juillet 2008

Aujourd'hui, premier jour de stage.

J'aime pas les premiers jours. On sait rien, on connait personne, on reste bloquée dans l'escalier parce qu'on a un badge qui ne fonctionne pas et on se perd dans des couloirs en verre qui se ressemblent tous. On croise des tas de gens qui lèvent à peine un oeil sur le sourire forcé de la centième stagiaire de l'année, un oeil distrait, un oeil blasé, un oeil parfois un peu condescendant. Ma directrice de stage est heureusement accueillante et le boulot me semble intéressant. Je croule déjà sous les dossiers, y'a mille livres qui sortent en même temps, et mille mots de vocabulaire technique que je dois apprendre en 5 secondes.

Le seul problème, c'est la stagiaire avec laquelle je vais devoir cohabiter jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Le courant ne passe pas. Elle m'a expliqué le fonctionnement de la boîte, on a mangé ensemble à midi dans le restaurant d'entreprise (la cantine de l'école primaire en pire). Mais sous la façade amicale de nos conversations, je sais -et elle sait sans doute aussi- qu'on ne va pas devenir meilleures amies. Je trouve qu'elle parle trop fort, trop souvent, qu'elle est usante avec ses moi-je, que son sens de l'organisation est douteux et que son énorme bracelet blanc en plastique est de très mauvais goût. Gobalement, elle fait, comme dirait William, beaucoup de bruit pour rien, et elle manque cruellement de simplicité. Je n'aime pas les gens qui manquent de simplicité. Sauf quand ce sont des génies. Ce qui est loin d'être son cas. Bref, pour finir de dresser le charmant portrait de ma camarade de stage, je dirais qu'elle est narcissique sans être attrayante et compliquée sans être intéressante. Et oui, je juge les gens sur une seule journée. Je suis en mode-[amère]. Je dois cracher mon venin avant qu'il ne m'étouffe. C'est le prix de l'hypocrisie professionnelle. 

Publié par Célestétoile à 00:17:42 dans Sur le fil | Commentaires (5) |

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