La statue d'Arthur Rimbaud, avant-hier soir, à Paris
Aujourd'hui
On est presque à la mi Août. J'ai effectué la moitié de mon stage et les semaines passent à une vitesse folle. Je me dis que c'est peut-être le moment de faire quelque chose avec O. Je voulais lui envoyer un mail, mais je n'ai pas vraiment de prétexte pour le faire, et ma connexion internet fait des caprices. Comme moi. Je ne sais pas quoi faire, j'ai envie, mais peur. Je reste sceptique quant à une éventuelle période de bonheur amoureux. Ce foutu rêve a laissé des séquelles. Est-ce vraiment une bonne idée d'aller vers O. tout en sachant que je ne suis pas affranchie d'un autre ?
Publié par Célestétoile à 23:17:13 dans Sur le fil | Commentaires (8) | Permaliens
- Photo/clin d'oeil prise par l'ami Gat, au cours de ses promenades estivales -
Aujourd'hui, j'ai à peine aperçu mon Anglais. Nous l'appellerons O. (la lettre, pas le chiffre, hein ^^). Ma directrice repart en vacances demain matin pour une 20aine de jours et je me retrouve à nouveau seule avec pas mal de dossiers a suivre. C'était donc un peu la course pour tout mettre au point avant son départ. Si bien que je n'ai pas pu manger avec les autres à midi. Puis j'ai passé tout l'après midi avec ma directrice, donc loin de mon petit bureau, donc loin de lui. Je l'ai aperçu (tous les bureaux ont des murs transparents, c'est un véritable palais de verre cette entreprise) mais il ne regardait pas dans ma direction.
En partant, le soir, les filles m'ont dit qu'elles allaient prendre un pot au bar du coin, mais encore une fois je n'ai pas pu les suivre, car je n'avais pas fini mon travail. J'ai terminé une heure après, et même si je n'en avais pas trop envie, je suis allée au bar en question en espérant les retrouver (oui parce qu'à force de ne pas être présente aux repas et autres manifestrations, je vais finir par passer pour une associale). J'espérais surtout que O. soit là aussi... Et il était bien là. Je n'ai pas pu me mettre à côté de lui, mais j'ai trouvé une petite place en face. Il m'a dit qu'il avait tapé à la vitre du bureau dans lequel j'étais au moment de partir, mais je n'ai même pas levé la tête... J'étais occupée et je n'ai pas du tout fait attention à ça (ça craint, à force, je vais passer pour une fille totalement hermétique). Bref, on était une dizaine. Peu après mon arrivée, certaines personnes sont parties, puis peu à peu les chaises se sont vidées. A la fin, on n'était plus que 4, ce qui est bien plus pratique pour les conversations et les rapprochements. Surtout dans un bar moite plein de musique où il faut être très proche pour se parler... C'est là que les choses sont devenues interessantes. Pour le coup, je n'ai pas regretté du tout de m'être forcée à les rejoindre. On a bien rigolé, on a beaucoup parlé. Et O. a eu la merveilleuse idée de dire deux choses magiques. D'abord, il a dit qu'il jouait de la guitare. Ding ! (c'est le coeur de Céleste qui allume ses phares). Je le trouvais déjà attirant avant cette révélation, mais rien que de l'imaginer avec une guitare, je sentais toute ma libido en ébullition, comme la lave d'un volcan qu'on a cru trop longtemps endormi. Et je lui aurais bien arraché sa chemise, là, comme ça, même s'il faisait déjà très très chaud (est ce que cette phrase fait de moi une odieuse salope ?). Et ensuite, pendant que j'imaginais la chanson qu'il allait composer pour notre première année de mariage (le "ding", c'était aussi pour l'ouverture du tiroir à fantasmes), il a dit la deuxième chose magique : Il écrit. Ding, ding, ding ! (Jackpot). Il m'a parlé d'un groupe d'écriture auquel il participe depuis trois semaines, un petit truc près de Notre Dame. Ca sonnait comme une invitation, mais je n'irai pas, sachant qu'on est obligé d'y lire quelque chose devant tout le monde (j'écris, mais je ne montre rien. Je n'ai pas assez de courage/de prétention/de talent pour ça - rayez les mentions inutiles). Bien sûr je crève de curiosité de voir ce qu'il écrit, même si c'est en anglais, mais je trouverai un autre moyen de le lire. Vers 21h, on a quitté le bar tous les 4, on a fait une photo sous la pluie brûlante de l'été, on a pris le métro. On s'est séparés à une correspondance. Mon coeur commence vraiment à battre au rythme de Big Ben... Je marche sur les quais de la Seine, mais je vois la Tamise.
Publié par Célestétoile à 23:08:11 dans Sur le fil | Commentaires (12) | Permaliens
21h40, il pleut des cordes sur Paris, l'air est lourd, les couleurs sombres, et un léger parfum d'arbre mouillé se glisse par ma fenêtre entrouverte. Je ne suis pas morose - bien que cette ambiance orageuse incite au spleen - mais je suis pensive. Et fatiguée aussi. Quand on est pensif et fatigué, on a ce petit air triste qui s'accroche au visage, même si on ne l'est pas. Y'a qu'a voir les gens dans le métro. Tout à l'heure, j'étais sur la ligne 2, entre la station Belleville et Stalingrad, et je pensais à l'Anglais. Je n'ai pas encore parlé de lui ici. Il est stagiaire dans la même maison d'édition que moi. Au service des langues étrangères. Il est arrivé en France au début de l'été. Le midi, on se retrouve entre stagiaires au restaurant d'entreprise. On est une dizaine, venant d'un peu tous les services. C'est comme ça que je l'ai connu, même si je l'avais déjà croisé, puisqu'on travaille au même étage. Les discussions pendant les repas sont joviales, chacun parle de son directeur ou de sa directrice de stage. Certains s'ennuient ferme. On ne leur confie aucun travail, alors ils passent leur journée sur facebook (site que je trouve parfaitement stupide au passage). D'autres râlent de n'avoir que des tâches ingrates. Certains, comme moi, sont plutôt satisfaits. J'ai la chance de bosser pour quelqu'un de jeune, avec qui j'ai sympathisé, qui me fait participer à toutes les réunions de boulot, qui me donne de vrais dossiers. Je rencontre les auteurs, les graphistes, les correcteurs, et la plupart me parlent comme à une assistante, et non pas comme à une stagiaire (je vous assure qu'il y a une différence). Aujourd'hui, un auteur m'a appelée pour connaître mon nom de famille (oui, parce qu'ici tout le monde se tutoie et s'appelle par son prénom, ça fait professionnels modernes, vous comprenez), pour m'ajouter aux remerciements, à la fin du livre. C'est con, mais je ne m'attendais pas à autant d'égards. Je l'ai joué modeste au téléphone, mais j'étais fière comme un petit paon. ^^ Bref, le midi, devant nos salades et nos tartelettes aux framboises, on papote joyeusement de tout et de rien. J'ai mis quelques jours à comprendre que l'Anglais posait très souvent son plateau à côté du mien. Et bien que mes camarades féminines aient déjà évoqué son charme et le bleu rayonnant de ses yeux (je bosse dans un open space entourée de 5 filles), j'étais bien trop stressée par mes premières semaines de stage pour me préoccuper de quoi que ce soit d'autre. Quand je croisais mon reflet dans la porte de l'ascenseur ou dans un écran d'ordinateur, je me découvrais un air concentré que je ne me connaissais pas. Je dis « concentré », mais « traumatisé et anxieux » ne serait pas faux non plus. Une fois -c'était mon quatrième jour, je crois - il est venu me demander des adresses de magasins où il pourrait trouver des meubles pas trop chers, pour son déménagement dans le sud de Paris. C'est là qu'on a échangé nos mails et qu'on a parlé d'autre chose que du boulot pour la première fois. Ensuite, nos petites conversations près de l'imprimante (on utilise la même) sont devenues quotidiennes. Il me parle de Londres et je lui parle de Paris. Il s'exprime en français avec un petit air sérieux et avec de charmantes hésitations qui me permettent de trouver les mots à sa place. J'aime bien trouver les mots qui lui manquent. Il a un débit de parole lent qui contraste tout à fait avec les discours économiques qu'utilisent les éditeurs pressés. Bon, parfois, il sort des trucs étranges. Il essaie de traduire des expressions anglaises, ou bien il se trompe de vocabulaire. L'autre jour, il m'a dit qu'il « était bien muni ». ^^ Il voulait dire qu'il était bien informé.... Je n'imaginais pas vraiment que cela puisse être autre chose qu'une relation amicale. Et puis un jour, vers la mi-Juillet, il est venu me voir quand j'étais dans le local de la photocopieuse. Concrètement, j'étais en pleine crise de panique parce que je devais sortir impérativement les épreuves d'un livre pour un coursier dont la venue était imminente. Et bien sûr, la photocopieuse faisait n'importe quoi à cause d'un bourrage-papier imaginaire (d'où ma conclusion de ce jour là : Les machines peuvent mentir). Et ce n'est pas le genre de photocopieuse gentille qu'on trouve dans les bureaux de poste ou à la fac, voyez vous. Non, non. C'est une photocopieuse ultra design spécialisée dans les tâches éditoriales, une sorte de monstre de trois mètres de long avec tout plein d'options et de formats de papier différents. Le genre qui te domine tout de suite avec ses petits clignotements verts. Tu la vois, et tu sais d'avance que tu vas perdre. Mais bon, comme le service de maintenance est légèrement inefficace, je m'étais mis dans la tête (inconsciente que je suis) que j'allais pouvoir la réparer seule avec mes petites mains de débutante. L'Anglais est arrivé dans le local au troisième round, quand la photocopieuse me crachait d'immondes bouts de papiers plein d'encre pendant que j'essayais péniblement de retirer mes documents coincés dans la partie supérieure de sa mâchoire (elle a des dents, je les ai vues). Il s'est appuyé contre la porte, les mains dans les poches, et s'est mis à me raconter je ne sais trop quoi sur les feux d'artifices qu'il avait vus sur le champ de Mars. Il était enthousiaste, et il s'attendait certainement à ce que je le sois pour lui, mais je ne l'écoutais que très vaguement. Il a eu l'air vexé de ma non-réceptivité, il a tourné les talons en s'excusant de m'avoir dérangée. Etrangement, c'est à ce moment là, pendant que la photocopieuse triomphait par K.O, que j'ai compris qu'il attendait peut-être plus de moi qu'une simple camaraderie professionnelle. Passé cet épisode (arrangé par un sourire), les conversations ont repris. Quand je suis à la cantine et que je vois des bras poser un plateau à ma droite, je sais que c'est lui. Sont arrivés ensuite les regards, la proximité, la complicité et -bien sûr-les remarques des autres. L'autre soir, pour me dire au revoir, il m'a fait un minuscule smack, si furtif et si léger qu'on aurait dit le battement d'ailes d'un papillon sur mes lèvres. Depuis, rien de plus que les regards et les discussions habituelles. C'est pas évident de ne se voir qu'au boulot. Je ne sais jamais très bien comment réagir, et je le croise toujours quand je suis très occupée. Je ne sais pas ce que je ressens, ce dont j'ai envie, ce que je dois faire. C'est pour ça que je suis pensive. Quand je suis descendue à Stalingrad, j'ai cru le voir sur le quai du métro. Mais ce n'était pas lui, c'était juste un type qui ne lui ressemblait même pas. Je me suis dit que si je commençais à voir son mirage, c'est peut-être parce que mon cœur sait déjà des choses que ma tête ignore.
Publié par Célestétoile à 23:10:30 dans Sur le fil | Commentaires (17) | Permaliens
Le rythme s'accélère au stage. Les gens partent en vacances, ils sont sous pression. Il faut que tout soit fini vite et mal. Du coup, je stresse, je galère, je cours dans tous les sens pour tenter de surpasser le sacro-saint sablier. Je fais des choses sans les comprendre, dans l'urgence de délais qui ne sont pas les miens. Mes journées ne sont pas vraiment agréables. Mais c'est comme ça qu'on apprend, n'est ce pas ? Ca me rappelle quand je suis arrivée à Paris, sans rien connaitre de la capitale. Je ne savais jamais où j'étais, mais j'adorais y être.
Publié par Célestétoile à 23:47:18 dans Sur le fil | Commentaires (12) | Permaliens
Aujourd'hui, premier jour de stage.
J'aime pas les premiers jours. On sait rien, on connait personne, on reste bloquée dans l'escalier parce qu'on a un badge qui ne fonctionne pas et on se perd dans des couloirs en verre qui se ressemblent tous. On croise des tas de gens qui lèvent à peine un oeil sur le sourire forcé de la centième stagiaire de l'année, un oeil distrait, un oeil blasé, un oeil parfois un peu condescendant. Ma directrice de stage est heureusement accueillante et le boulot me semble intéressant. Je croule déjà sous les dossiers, y'a mille livres qui sortent en même temps, et mille mots de vocabulaire technique que je dois apprendre en 5 secondes.
Le seul problème, c'est la stagiaire avec laquelle je vais devoir cohabiter jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Le courant ne passe pas. Elle m'a expliqué le fonctionnement de la boîte, on a mangé ensemble à midi dans le restaurant d'entreprise (la cantine de l'école primaire en pire). Mais sous la façade amicale de nos conversations, je sais -et elle sait sans doute aussi- qu'on ne va pas devenir meilleures amies. Je trouve qu'elle parle trop fort, trop souvent, qu'elle est usante avec ses moi-je, que son sens de l'organisation est douteux et que son énorme bracelet blanc en plastique est de très mauvais goût. Gobalement, elle fait, comme dirait William, beaucoup de bruit pour rien, et elle manque cruellement de simplicité. Je n'aime pas les gens qui manquent de simplicité. Sauf quand ce sont des génies. Ce qui est loin d'être son cas. Bref, pour finir de dresser le charmant portrait de ma camarade de stage, je dirais qu'elle est narcissique sans être attrayante et compliquée sans être intéressante. Et oui, je juge les gens sur une seule journée. Je suis en mode-[amère]. Je dois cracher mon venin avant qu'il ne m'étouffe. C'est le prix de l'hypocrisie professionnelle.
Publié par Célestétoile à 00:17:42 dans Sur le fil | Commentaires (5) | Permaliens